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La guerre du feu | Source : Ici
| Par Jean-Philippe Gravel |
Oscillant entre démons et merveilles, Princess Mononoke nous imprègne de la féerie cruelle des anciennes légendes japonaises. Au Japon, les studios Ghibli qu'a fondé Hayao Miyazaki, le réalisateur de Princess Mononoke, se sont en quelque sorte spécialisés dans le long-métrage d'animation à "thème écologique". Oui, oui... écologique. Mais oubliez tout de suite les pleurnicheries, genre "sauvez les bébés phoques!", auxquels on pense trop vite en entendant cela. Princess Mononoke renoue avec un folklore animiste complexe et mature, qui évoque, dans le ton d'un conte chevaleresque et féerique, les rapports déchirants entre l'humanité et la nature. Son récit se passe au 16e siècle, une période historique dont les dilemmes, selon Miyazaki, ressemblaient beaucoup à ceux du Japon d'aujourd'hui. Il faut dire qu'à cette époque, vers 1550, le Japon découvrait l'usage de la poudre à canon et des armes à feu, alors outils de destruction sans précédent. Princess Mononoke part de ce moment historique pour nous conter la fin d'un monde imaginaire, celui des forêts merveilleuses, où chaque être de la nature avait une "âme" anthropomorphe, et où une foule de "dieux", sous les traits d'animaux géants ou fabuleux, vivaient dans les bois loin des hommes. La voix des esprits Quand Ashitaka, le jeune héros du film, quitte son village après l'avoir sauvé des attaques d'un démon qui l'a dangeureusement blessé, il quitte une société féodale en fin de parcours pour découvrir un univers beaucoup plus évolué. En effet, il tombera, plus loin dans les montagnes, sur une véritable cité industrielle, où les femmes travaillent tout autant que les hommes, sous la gouverne éclairée mais sévère de "Dame Eboshi", sa mystérieuse fondatrice. Car "Dame Eboshi", pour l'expansion de la cité et de sa mine de fer, ne souhaite rien de moins qu'anéantir les dieux de la nature... Et croit que la poudre à canon l'aidera enfin à y parvenir. Mais c'est sans compter la haine que lui voue celle qu'on surnomme "Princesse Mononoke", une fille farouche élevée par Moro, la "déesse louve" des bois. Entre les hommes et les dieux animaux, les rancunes sont nombreuses, et le combat final approche. Ashitaka, qui voudrait faire en sorte que la nature et l'homme puissent coexister en paix, passe d'un côté à l'autre, déchiré dans son rôle de modérateur. Mais le conflit est trop grand : ça sera la fin d'un monde, et le commencement d'un autre. Quand l'animation américaine fait parler les animaux, c'est souvent pour nous montrer combien ils sont mignons ou drôles. Quand l'animation japonaise dote l'animal de parole, elle cherche d'abord à faire entendre la voix des esprits de la nature : esprits sacrés qui demandent le respect et qui symbolisent aujourd'hui quelques valeurs perdues. C'est pourquoi le film Princess Mononoke se révèle imprégné d'une réelle poésie : il fait vivre devant nous un univers féerique et délicat, un monde mythique des temps primordiaux, où l'imagination respirait comme le vent dans la nature. Mais le film tient sa force aussi de ce qu'il faille un jour dire adieu à ce monde, et quitter les démons et merveilles de l'enfance. Pas étonnant qu'il ait battu E.T., qui en parlait aussi à sa manière, au boxoffice japonais. |
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Princesse Mononoké | Source :
Le Nouveau Cinéma
| Par Jean-Philippe Guérand |
Raccourci saisissant que la sortie, à quelques semaines d'intervalle, de Mon voisin Totoro et de Princesse Mononoké, les deux derniers longs-métrages d'Hayao Miyazaki, surnommé le Disney nippon par les directeurs de marketing à court de formules toutes faites. Là où la plupart de ses confrères recyclent indéfiniment des recettes lucratives, l'artisant discret de Porco Rosso, qui semble réaliser chaque film en réaction aux précédents, construit peu à peu une oeuvre d'une rare cohérence. Avec Princesse Mononoké, son plus grand succès à ce jour, Hayao Miyazaki se ressource au plus profond de la tradition médiévale japonaise et orchestre un conte fantastique aux ramifications narratives particulièrement fouillées. Le héros en est un prince vaillant victime d'une malédiction qui prend les armes pour retourner le cours du destin. Sur sa route, il affronte une harde de sangliers géants et une horde de loups menés par une jolie princesse. Essayer de résumer de manière satisfaisante Princesse Mononoké est un leurre, tant ce film déborde de personnages et d'intrigues périphériques. C'est d'ailleurs ce qui justifie sa durée, inhabituelle pour un dessin animé. Dans la forme, le septième long-métrage de Miyazaki est une splendeur qui puise au plus profond de la tradition japonaise. Les éléments y sont doués d'une âme et les animaux de raison, à commencer par le plus altier de tous, ce dieu-cerf omnipotent qui a le don de commander à la nature. Princesse Mononoké est en quelque sorte le chaînon manquant qui relierait l'art ancestral des estampes japonaises à la modernité des mangas. Cette héroïque fantaisie surgie du fond des temps est à la fois un authentique choc visuel et un périple initiatique envoûtant à travers le dédale d'un univers de contes et de légendes. Cette saga trépidante, qui manifeste une capacité d'invention perpétuelle, nous invite à rêver en compagnie de preux chevaliers, de princesses lointaines et d'un bestiaire fabuleux. |
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Princesse Mononoké | Source :
Première | Par
Gérard Delorme |
Bras de fer contre forêt dense. Au quinzième siècle, Ashitaka est blessé en défendant son village contre un sanglier possédé par un démon. Sous le coup d'un sortilège qui le condamne à une mort prématurée, il part à la recherche d'un dieu-cerf qui pourrait le guérir. En chemin, il fait la connaissance de villageois ambitieux qui fabriquent du fer et dont l'industrie menace l'équilibre de la forêt. Une jeune fille élevée parmi les loups s'y oppose par tous les moyens. Ashitaka essaie de concilier les intérêts des uns et des autres. Du simple au complexe. Entre Mon voisin totoro et Princesse Mononoké, il y a une différence de degré qui ne se limite pas à la distinction entre dessin animé et film d'animation. Cette fois, Miyazaki raconte une histoire complexe, presque dure à force d'intransigeance. Il n'y a pas chez lui de nostalgie d'un paradis perdu comme on en trouve chez Boorman (Excalibur ou La forêt d'émeraude). L'engagement écologique de Miyazaki est plus pédagogique : il invite à prendre conscience de l'espace et du temps en inventant des images qui fonctionnent comme les souvenirs d'une vie antérieure, mythifiée mais plausible, dans laquelle l'équilibre entre les forces de la nature est différente. Ce faisant, il rappelle que nous sommes responsables de la façon dont nous modifions notre environnement. Les images de Miyazaki sont si fortes qu'elles donnent tout leur sens à l'idée d'animation. D'abord parce qu'il aurait été impossible de représenter autrement tout ce qui existe ici: une forêt à la végétation inouïe, des créatures magiques, des animaux géants, un dieu-cerf ectoplasmique et polymorphe, une bataille rangée entre guerriers et sangliers sauvages. Mais au-delà de la simple technique, l'animation remplit véritablement sa fonction en donnant vie aux personnages au point d'établir entre eux et le spectateur une affection sensible et durable. On peut avoir un problème mineur avec les références à la culture japonaise animiste, même si, par certains aspects, elle rappelle le paganisme celte. À l'évidence, Miyazaki est aux antipodes de la pensée cartésienne, notamment dans son refus du manichéisme : il ne montre ni bons ni méchants, seulement des amis et des ennemis, des alliances qui se font et se défont selon les intérêts ou les motivations. Les humains apparaissent comme les plus malins (dans les deux sens du terme) mais pas forcément les plus nobles. Ils sont battus sur ce terrain par d'autres espèces comme les sangliers révoltés qui, bien que conscients de se jeter dans un piège, y vont quand même pour le geste. C'est beau et tragique. C'est aussi une leçon d'humilité. |
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